• Chapitre 2 - Le Shintoïsme

     Le Shintoïsme

    1  Caractéristiques générales

    • La religion indigène du Japon

    • N'a pas connu l'expansion à l'étranger (sauf pendant la période de l'impérialisme)

    • Ne possède pas de « corps » bien défini en tant que religion : fondateur ? Dogmes et préceptes ?

    • Distinction (établie postérieurement) entre le shintoïsme populaire et le shintoïsme « d’État ».

    • Le rapport avec l'Empereur : complexe. L'Empereur est décrit comme descendant des divinités japonaises, et a la fonction du premier prêtre du shintoïsme → mais dans l'histoire les Empereurs étaient bouddhistes.

    2  Les composants du Shintoïsme

    1. Croyances populaires/ethniques : culte de la Nature + l'animisme + culte de l'ancêtre

    2. Mythologie polythéiste ”八百万の神(やおよろずのかみ)” : naissance ou « accouchement » du pays – l'origine de la dynastie impériale.

    3. Importance des rites de vie et fêtes saisonnières ; rapport historique avec la riziculture.

    4. Rites et pratiques « mystiques » : voyance, purification, vœux de toutes sortes → notion de « pureté - impureté (kegare) » ; « purification (kiyome ou misogi) » ; « chasser les mauvais esprits (harai) ». On ne va donc pas au temple shintoïste dans l'espoir que l'on répondra à nos questions existentielles (c'est plutôt le rôle du Bouddhisme).

    5. « Principe » (implicite) : « Vivre chaque jour sincèrement, dans le respect et la gratitude pour les dieux » 正直 (しょうじきhonnêteté), 清浄 (せいじょうpureté)... Le shintoïsme ne nous explique pas comment.

    → Pas de question existentielle

    → Les kamis « qui dépassent l'homme » = sollicitation pour la protection/bienveillance

    → Quasi absence de « préceptes »

     

    3  Le Shintoïsme : origine et développement (jusqu'à l'époque d'Edo)

    • Fin 7e siècle : début de structuration et d'institutionnalisation du Shintoïsme = réaction par rapport au Bouddhisme.

    • 8e siècle : mise en place de 審議官 (じんぎかん« Ministre des affaires religieuses (shintô) ») dans l'organisation de l’État → fêtes religieuses décrétées.

    • Publication des mythologies (Époque de Nara) :
    古事記 (こじき Kojiki, Chronique des faits anciens) 712
    日本書紀 (にほんしょき Nihon shoki, Chroniques du Japon) 720
    → Écriture des légendes expliquant la naissance du pays et l'origine de la dynastie.
    « L'Empereur croit en la loi du Bouddha et respect la voie des dieux » → les dieux du shintoïsme (Nihon shoki)

    • Epoque de Nara :

    • Les deux religions se pratiquent à la Cour

    • Shinbutsu shûgô → Lecture des sûtras bouddhiques devant les autels shintoïstes,

      goryôe est un rite mixte entre le Bouddhisme et le Shintoïsme, dans le but de calmer les esprits lors de catastrophes.

    • Fin 8e siècle : Honchi suijaku setsu. Valorisation du Bouddhisme.

    • Fin époque Heian : tentatives de théorisation du Shintoïsme grâce aux théories Bouddhistes.

    • 12e : Shinpon butsujaku setsu. Les Japonais se détachent de la civilisation chinoise.
    = des « vraies divinités ».
    = Manifestations des divinités dans d'autres régions du monde (ex : Amaterasu en Inde).
    Début des « divinisations des hommes extra-ordinaires ».

    • Epoque d'Edo

    • Réinterprétation du Shintô par les concepts du Confucianisme

      → Respect et loyauté envers l'Empereur

    • Syncrétisme entre Shintoïsme et Bouddhisme : NINOYAMI Sontoku, 1787-1856.

    • Opposition par rapport au Bouddhisme ou au Confucianisme : le shintoïsme « puriste »

      MOTOORI Norinaga, 1730-1801 – 国学 (こくがく) : Affirmation du polythéisme ; protection des kamis.

    • Le peuple : éthique basée sur l'honnêteté, la sincérité, la pureté et l'amour/compassion.

      ...se développe le voyage-visite des sanctuaires (« pèlerinage »).

     

    4  Mythologie : naissance ou « accouchement » du pays – l'origine de la dynastie impériale

    4.1 Début de l'univers :

    Takamagahara (高天原« Champs du haut du ciel »)

    Dieu Izanagi (イザナギノミコト) et Déesse Izanami (イザナミノミコト) : le monde n'est pas habitable, Izanagi et Izanami doivent le créer. Ils se mettent sur un pont qui relie la terre et le ciel, et prennent une épée et touillent dans la terre pendant un moment. Cela fait des gouttes de boue qui s'accumulent et forment des îles : l'archipel Japonais.

     

    4.2 Mariage et accouchement des kami – la mort de Izanami.

    Au moment de créer des habitants, ils ont d'abord créé des dieux (nés d'Izanami ou à partir du corps des deux dieux). Un jour ils observaient leurs corps, et remarquèrent chacun qu'ils avaient « une partie qui dépassent », et « une partie qui manque » et qu'ils devraient se compléter → naissance de plusieurs dieux. Le dieu du feu fut le dernier, et tua sa mère en naissant, l'ayant brûlée. Izanagi tue son dernier-né dans la colère. Il part ensuite à la recherche de sa femme dans le monde des morts. Il la retrouve et veut l'emmener avec lui, mais elle a déjà mangé la nourriture du monde des morts et ne peut donc pas repartir. Elle va quand même demander au dieu des morts si elle peut repartir, en lui demandant de l'attendre patiemment. Au bout d'un moment, Izanagi s'inquiète : alors que sa femme lui avait fait jurer de ne pas rentrer à l'intérieur, il y va et voit le cadavre de sa femme pourrissant qui lui dit « je t'avais dis de ne pas regarder ! ». Izanagi fuit devant ce spectacle et sa femme le poursuit, en colère, lui criant qu'il l'a humiliée.

     

    4.3 Naissance des autres kami :

    アマテラスオオミカミAmaterasu, Soleil – Takamagahara

    ツクヨミノミコトSon frère, Tsukuyomi, Nuit

    スサノヲノミコトSusanowo, Mer

    → Ayant été en contact avec la souillure, Izanagi va se laver. Alors qu'il se lave, des kami naissent. Quand il se rince l’œil gauche, Amaterasu naît. L’œil droit : Tsukuyomi. Le nez : Susanowo. Ces trois frères et sœurs qui sont arrivés les derniers étaient particulièrement appréciés par leur père, alors ils leur confient le soleil, la nuit et la mer. Le troisième enfant était très colérique. Un jour, alors qu'Amaterasu étaient avec ses tisseuses, Susanowo lance une peau de cheval au milieu des femmes. Amaterasu, très fatiguées des blagues de son frère, va se cacher dans une grotte pour être tranquille → le monde se plonge dans le noir, privé de son soleil. Des esprits maléfiques commencent à circuler, le monde se détériore. Les dieux se réunissent : comment faire sortir Amaterasu ? Elle seule peut sortir, avec l'énorme rocher qu'elle a placé devant la grotte. Ils décident alors de faire une grande fête devant la grotte, Amaterasu étant très fière elle ne pourrait pas supporter qu'on fasse la fête sans elle. Amaterasu commence à se poser des questions, pourquoi s'amusent-ils alors quele soleil se cache ? Curieuse, elle ouvre un petit peu le rocher. Une autre déesse arrive avec un miroir et déclare « il y a une déesse encore plus jolie qu'Amaterasu ! ». Amaterasu regardant en fait dans un miroir, voit cette femme magnifique qui brille et surprise, ouvre davantage le rocher pour en apprendre plus, et alors on la tire à l'extérieur.

     

    4.4 La descente du petit-fils céleste : 天孫降臨 Tensonkourin → début de la dynastie impériale.

    Le Dieu Ninigi (ニニギノミコト), petit-ils d'Amaterasu, reçoit les « trois objets divins » : le miroir, l'épée et le bijou. Ces trois trésors sacrés seraient actuellement en la possession de la famille impériale.

    Ninigi rencontre Konohananosakuya-hime et l'épouse. Un de ses fils, Hoori, rencontre Toyotama-hime (fille du dieu de la mer), l'épouse et la met enceinte : alors qu'elle allait accoucher, et lui demande de ne pas entrer dans la salle d'accouchement. Il ne résiste pas à regarder dans la salle, et voit un requin, sa vraie forme. Ayant été vue, humiliée, elle est obligée de partir et laisse son bébé en pleurant. La mère pensant beaucoup à son bébé, Ugayafukiaezu, elle envoie sa sœur Tamayori s'en occuper. Ces deux-là se marient et on 4 enfants, dont un qui deviendra l'empereur Jinmu, le premier empereur.

     

    En bref,

    • On n'a pas besoin de connaître tous ces mythes pour pratiquer le Shintoïsme.

    • Les « trois trésors sacrés » font toujours l'objet d'héritage lors de la succession de l'Empereur. Parmi ces trois trésors sacrés, 2 sont des répliques. L'épée et le bijou ont été perdus lors de la bataille de Genpei. On a retrouvé le bijou dans sa boîte, mais on n'a pas le droit de l'ouvrir pour vérifier.

     

    4.5 L'ère Meiji – fin de la 2e guerre Mondiale : Le Shintoïsme d’État

    4.5.1 Évolution historique

    Contexte historique : le besoin d'unifier le Japon sous l'Empereur

    Par les décrets notamment :

    • 1868 : séparation du Shintoïsme et du Bouddhisme → Destructions des statues bouddhiques (Bouddhisme = décision politique du Shogunat, donc indésirable vu le contexte).

    • 1870 : « Décret de diffusion des grands enseignements » → diffusion du Shintoïsme comme décision politique ; contre le Christianisme.

    → Problème de dysfonctionnement du décret : les religieux sont devenus « fonctionnaires » = interdiction de succession familiale et d'intervenir dans les rites religieux.

    → Conséquence : le Shintoïsme devient « vide » à cause de la séparation entre les cérémonies nationales et les pratiques/croyances religieuses.

     

    La Constitution

    1889 : La Constitution du Grand Empire Japonais.

    Elle assure la liberté de religion (« le Shintoïsme n'est pas une religion »), mais définit le shintoïsme comme « l'objet de respect » obligatoire pour le peuple Japonais.

    Le gouvernement crée des jours fériés et imposent les cérémonies « shintoïstes » : par exemple le Kigen-Setsu célébré le 11 février, jour de la montée au trône de l'Empereur Jinmu, premier Empereur légendaire dans la mythologie, mais célébré aujourd'hui en tant que l'« établissement du pays » ; ou encore le Tenchô-Setsu fêté le 3 Novembre, pour l'anniversaire de l'Empereur, célébré aujourd'hui comme le « jour de la culture ».

    Dans ces cérémonies, le chant de « Kimigayo (l'hymne Japonais, seulement officiel depuis 1999) », et le port de « Hinomaru (drapeau japonais) » → création de l'image de « 現人神(あらひとがみ), dieu vivant ».

     

    Fin de la 2e Guerre Mondiale

    1945 : Fin de la 2e Guerre Mondiale – les USA donnent l'ordre pour la fin de gestion des sanctuaires shintoïstes par l’État.

    1946 : Déclaration de l'Empereur renonçant à son ascendance divine (天皇人間宣言、てんのうにんげんせんげん).

    → Avec cette intervention des Américains, le Shintoïsme retrouve ses aspects « religion » : les temples « du quartier » ou des sanctuaires dédiés pour les divinités que les Japonais fréquentaient restaient, les prêtres perdent leur fonction de « fonctionnaire » pour retrouver leur rôle initial.

     

    4.5.2 Autour du Temple Yasukuni

    Il se situe au cœur de Tokyo. Il est assez somptueux et porte l'emblème de la fleur de Chrysanthème, symbole de la famille impériale. Dans ce temple il y a un musée de la guerre, Yûshû-kan, qui se montre assez « pro-guerre ».

    Le problème c'est que le gouvernement à une époque a inscrit un certain nombre de personnes, mortes « pour l'Empereur », qui étaient au gouvernement à la fin de la seconde guerre mondiale, et donc considérés comme des responsables de la fin de guerre au Japon, et jugés comme criminel de guerre classe A. Dans le shintoïsme, les esprits des gens qui sont morts deviennent kami, c'est donc comme si on déifiait ces gens-là et le fait d'aller prier devant ce temple c'est comme approuver leurs actes. A chaque fois qu'il y a des députés ou des Premier Ministres qui veulent se rendre dans ce temple cela fait beaucoup polémique et est très critiqué au niveau international.

     

    4.6 Les temples et les Japonais – au quotidien

    A quelles occasions est-ce que les Japonais se rendent au temple ?

    • Omiyamairi (お宮参り) → 神社(jinja), lorsqu'un bébé a 1 mois on va le présenter aux divinités Japonaises et sollicitent leur bienveillance.

    • Shichigosan (七五三) → 神社

    • Kekkonshiki (結婚式) / Konrei (婚礼) → 神社 (plus courant)・お寺

    • Ohakamairi (お墓参り) ← Ohigan (お彼岸): la période de 7 jours dont le milieu est le shunbun-no-hi (春分の日, jour d'équinoxe hivernal), ou le shûbun-no-hi (秋分の日, équinoxe d'automne) → お寺

    • Hatsumôde (初詣) → 神社・お寺, la première visite au temple bouddhiste.

    • Joya no kane (除夜の鐘) → 神社・お寺, les premiers coups de cloche, essentiellement dans les temples bouddhistes.

    • Et pendant les voyages touristiques, les Japonais visitent les temples pour apprécier l'architecture et l'ambiance de ces temples.

     

    Ce qu'il faut savoir pour une visite au temple

    神社 – Temple shintoïste

    1. Avancer dans 参道 (さんどう), la voie menant vers le honden (bâtiment principal) : éviter de passer au milieu ! C'est l'espace pour les divinités.

    2. Passer sous le Torii : se baisser légèrement.

    3. Purifier les mains et la bouche avec de l'eau.

    4. Se mettre devant le kami (bâtiment principal) : saluer légèrement.

    5. Donner le « osaisen » (de l'argent pour offrir au temple).

    6. 2拝 (salutation respectueuse) 2拍手 (taper dans les mains) 1拝, avec de grands gestes, doucement.

    7. « Faire une demande (de service) » en murmurant : nom, prénom et adresse, puis remercier le kami pour m'avoir reçu, et enfin la demande de service.

    8. Faire sonner les clochettes.

     

    お寺 – Temple bouddhiste

    1. Une courbette devant le portail.

    2. Purifier les mains et la bouche avec de l'eau.

    3. Purifier le corps avec de la fumée et de l'encens.

    4. 参拝 :Se baisser devant le bâtiment principal en mettant les mains ensemble devant le buste et baisser légèrement la tête. Ne pas frapper les mains.

     

    4.7 Pratiques éclectiques des Japonais

    Selon les statistiques de Bunka chô (Agence Nationale de la Culture) :

    En 2010 : Population totale : 127 000 000, dont le Shintoïsme 102 756 326, le Bouddhisme 84 652 539, Christianisme 2 773 096, Autres 9 453 317 (dont Islam : 120 000).
    Total : 199 617 278.

    → Vu les chiffres une grande partie de la population croit en les religions Shintoïstes et Bouddhistes à la fois.

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