• Chapitre I

    Chapitre I

    Marché ou échanges

     

    1 Une concurrence généralisée

    Libéralisme néoclassique : la figure de L. Walras (1834-1910).

    Pour délimiter son propos, Walras introduit des ruptures avec le mouvement classique. Il appuie son raisonnement sur des concepts de physique et de mathématiques. L'économie pure pour lui est une économie abstraite, qu'on démontre par les maths. Pour lui il faut d'abord qu'on dégage des lois générales de fonctionnement et qu'on pourra observer ce qu'il se passe ensuite. Walras réduit le champ d'analyse en ne développant que des aspects abstraits sensés être scientifiquement valides (avec l'importation de la physique), ce qui est fortement discutés car pas forcément évidemment : peut-on vraiment analyser des intéractions humaines avec des principes scientifiques ?

    Premier élément important qui va conduire à des ruptures analytiques : la société est constituée d'individus, ce qui doit être le point de départ de l'analyse. On part de l'idée qu'on va construire le fonctionnement économique sociétal à partir du point de vue des individu → on appelle ça l'individualisme méthodologique, qui s'oppose au holisme. L'individualisme méthodologique part du principe que les phénomènes collectifs doivent être décrits et expliqués à partir de ce qui est sensé être les propriétés et les actions des individus. Le problème est que les individus ont des propriétés et des critères de comportement avant de vivre en société, puisque ce sont précisément ces faits qui créent la société.

    Dans l'individualisme méthodologique les critères sont forts : on a des individus qui vont prendre des décisions en toute liberté, sans influence extérieure.

     

    1.1 Conditions initiales et ruptures

    Première rupture : on part du point de vue qu'une société est composée d'individus. Derrière cette formulation des conditions beaucoup plus stricts et difficiles à réunir sont introduites. Derrière la production il y a du travail. S'il y a travail il y a organisation et division du travail, et s'il y a division du travail il y a des hiérarchies sociales. La consommation est le résultat de la production : on ne peut consommer que ce qu'on a produit. Enjeu de satisfaction de besoin.

    Individualisme méthodologique (Walras) → on part du point de vue que ce sont les individus, les choix des individus/leurs actions qui vont structurer la société (contrairement au holisme où on considère que les choix et les actions individuelles sont déterminées par les structures sociales en place). Ces choix et ces actions vont être développés en toute liberté / toute autonomie, et en fonction d'une certaine rationnalité. On peut délimiter des rationnalités différentes : celle des néoclassiques est extrêmement particulière. La base de leur rationnalité serait la recherche de la satisfaction, de combler des besoins strictement personnels (vision d'Adam SMITH : l'individu égoïste qui va rechercher son propre intérêt). Si je recherche mon propre intérêt, je suis capable de définir mes besoins, et de les hiérarchiser (être capable de dire que tel besoin est plus important que tel autre), de les traiter en terme d'intensité du besoin ressenti. Cette intensité des besoins ressentis en plus doit être stable → je suis sensé être rationnel dans ce sens là et ne pas changer d'avis. Si ces conditions ne sont pas réunies, on ne peut même pas parler de procédure de marché et de concurrence parfaite car elles ont besoin de ces conditions préallables.

    Si on part de toutes ces conditions, se pose la question de comment satisfaire ces besoins ?

    → Cette satisfaction des besoins va passer par une procédure de consommation (2e grande rupture : on ne part plus de la production).

    • Première conséquence : cela permet de se représenter une société économique comme une société d'indvidus similaires, tous consommateurs, éliminant ainsi toute distinction entre les classes sociales. Certes il y a des niveaux de consommation différents, mais cela ne tient qu'au fait de l'envie personnelle des individus de consommer plus ou moins.

    • Deuxième conséquence : avec une représentation de la société où la satisfaction des besoins passe par la consommation et pour consommer il va falloir échanger. Pour qu'il y ai une échange marchand on aura besoin de prix (pas d'échange marchand sans prix).

     

    Comment déterminer les prix ?

    Troisième rupture : Pour essayer de comprendre la formation des prix, les classiques (Smith, Ricardo etc) partaient du travail (la valeur d'un bien dépend de la quantité de travail). Pour les néoclassiques ont ne peut pas prendre le travail comme valeur de base : ils partent d'une valeur d'utilité (Marx définissait un bien selon sa valeur d'échange et sa valeur d'usage → l'utilité n'est pas négligée par les classiques). Mais par exemple l'eau a une très grande valeur d'utilité mais il pas de travail, alors que le diamant a très peu d'utilité mais demande un certain travail → On ne peut donc pas prendre l'utilité comme ça toute seule. Les néoclassiques ajouteront alors à l'utilité la rareté (l'eau n'a pas de valeur parce qu'elle est abondante, sauf par exemple dans un désert où elle est rare).

    (Mais s'il y a de la rareté on peut produire davantage pour éliminer la rareté.)

    Si je pars du fait que chaque individu de manière totalement indépendante peut définir ses propres besoins, c'est une conception des besoins dite subjective, qui dépend de l'appréciation personnelle de chacun (bien qu'il y ai aussi des besoins objectifs). Cette conception subjectif des besoins les rend illimités (pourquoi pas aller prendre l'apéro sur la Lune).

    Conséquence de cette particularité des besoins : est-ce que tous les besoins peuvent être satisfaits ?

    Si les besoins sont subjectifs et illimités, les ressources pour les satisfaires sont, elles, limitées.

    La rareté n'est pas forcément subie : à partir de cette rareté on peut observer des stratégies conscientes de « rareté organisée ».

     

    Comment les individus munis de cette rationalité vont essayer de satisfaire leurs besoins ?

    Chaque individu isolément va poursuivre une démarche qui sera d'essayer de maximiser sa satisfaction (satisfaire un maximum de besoin, la contrainte étant qu'il n'y ai pas assez de ressources pour satisfaires tous les besoins). On considère que l'individu va être calculateur : pour maximiser il faut savoir calculer les avantages qu'on peut obtenir par rapport à des coûts.

     

    1.2 Le marché walrasien

    La procédure de marché est sensée permettre à chaque individu de réaliser son programme (de maximiser sa satisfaction), en permettant de rendre compatible ces différents programmes individuels de manière pacifique.

    Satisfaire des besoins → consommer → pour consommer il faut acheter → pour acheter il faut connaître les prix. La procédure de marché permettra de fixer le prix de tous les biens, ce qui veut dire aussi que ce n'est pas une procédure d'échange marchand / transaction commerciale : c'est un préallable aux transactions → pas de prix, pas d'échange, et je ne connaîtrai le prix qu'à l'issue de la procédure de marché.

     

    Hypothèses initiales (préalables, très importantes)

    • Chaque individu va être confronté à la nécessité, pour obtenir des biens, d'échanger. Chaque individu va disposer de dotations initiales (= ressources) : de biens, de capital, de travail.

    • Logique d'offre et de demande → chaque individu va pouvoir choisir son camp :

      * être offreur : individu entrepreneur qui recherche la maximisation des profits, sous contrainte technique : les individus du côté de l'offre sont supposés produire, ce qui nécessite du capital et du travail qui engageront des coûts. Selon la technique de production utilisée je peux avoir des coûts différents.

      * être demandeur : individu consommateur qui recherche la maximisation des besoins sous contrainte budgétaire.

      → Ce ne sont pas des couches sociales mais des fonctions sociales : je ne suis pas définitivement du côté de l'offre ou de la demande, il n'y a pas de limites à ce choix.

    • On est dans un monde de calcul, sensé être mesurable. Pour rendre possible un calcul concernant l'offre et la demande, il faut se demander quels sont les facteurs, qu'est-ce qui va permettre de comprendre l'évolution de l'offre, et de la demande. La variation des quantités physiques est uniquement déterminée par la variation du prix : les quantités demandées s'accroissent/diminue ? lorsque le prix diminue, et les quantités augmentent lorsque le prix s'accroît. Le croisement entre ces dex notiosn permet une quantité d'équilibre : la notion d'équilibre est importée de la physique de Newton (rien à voir avec l'économie). Dans ce modèle le prix devrait conduire à déterminer la quantité.

     

    Fonctionnement du marché walrasien

    Pour un bien il y a une procédure de marché : si j'ai 10 000 biens j'ai 10 000 procédures ; + marché du capital + marché du travail.

    En cherchant un prix on le mettra peut-être trop haut, puis trop bas, et à force de tatônner, de réduire l'écart, on tombera sur le prix d'équilibre.

    Le prix sur le marché du Capital s'appelle l'intérêt.

    Le prix sur le marché du Travail s'appelle le salaire (réel).

    Pour produire, il faut du capital et du travail.

    Procédure intemporelle : c'est instantané. Cette procédure ne définit par des actions concrètes mais un résultat final.

    Le problème c'est qu'il y a un bien qui sort du lot : la monnaie. S'il y a un marché de la monnaie il y a aussi offre, demande et un prix, qui est le même que l'intérêt et le taux d'intérêt sur le marché du capital, sans quoi il y aurait une incohérence.

     

    1.3 La concurrence pure et parfaite

    * Pour une concurrence pure et parfaite il faut réunir les 5 conditions suivantes simultanément :

    • Homogénéité

    • Atomicité

    • Transparence : information pure et parfaite

    • Fluidité → pas de barrière, mobilité des individus

    • Mobilité des facteurs de production

    * Ces conditions servent à éviter un pouvoir de marché, et sont nécessaires pour que la procédure de marché puisse fonctionner.

     

    * Si tout marche :

    → Équilibre économique généralisée → V. Pareto → Optimum social = meilleure situation possible en fonction de la qualité des ressources. Chaque individu a reçu le maximum de ce qu'il pouvait espérer recevoir. Je ne peux pas améliorer la satisfaction d'un individu sans réduire celle d'un autre. Cette situation ne signifie pas que c'est égalitaire : certains en ont plus que d'autres. Cette situation est un Optimum de 1er rang.

    → S'il y a un Optimum de 1er rang il y a un équilibre de Second Rang : on peut avoir un équilibre partiel.

     

    1.4 Problèmes et critiques

    • Pas réaliste. […]

    • […] Libertés individuelles réduites [...]

    • H.Simon → beaucoup de travaux sur les processus de connaissance et de décision. Critique de l'hypothèse d'information pure et parfaite, sur la base d'une hypothèse alternative : des informations imparfaites.

      → Les individus sont rationnels mais cette rationalité est particulière : il y aurait plusieurs formes de rationalités : rationalité substantive, rationalité limitée, et rationalité procédurale.

     

    Rationalités :

    Substantive

    Limitée

    Procédurale

    Environnement Objectif

    Hypothèse d'info pure et parfaite :

    Prix = Indicateur de qualité et de rareté

    Hypothèse d'info imparfaite :

    → coût à l'info, donc tous les individus ne disposent pas de l'info : incertitudes, inégalités

    → capacité de traitement de l'info individuelle

    → connaître le futur

    Hypothèse d'info imparfaite avec des incertitudes absolues

    → futur incertain

    → en raisons de ces incertitudes on met en place des stratégies qui vont produire l'environnement

    Environnement Subjectif

    L'individu fait la hiérarchie de ses besoins en toute autonomie

    L'individu fait la hiérarchie de ses besoins en toute autonomie

    Les besoins et les préférences évoluent

    Environnement de décision

    L'individu prend des décisions qui relèvent du calcul avantage/coût : sans risque de se tromper

    Calcul avec incertitude

    → probabilités

    → routine, effet d'expérience

    → dimension collective

    → obtenir le meilleur possible : maximisation

     



     

    […]

     



     

    2 Des espaces de production et d'échanges

    Différenciation des structures de marché : concurrence, monopole, oligopole.

    Formation d'espaces de production et de circulation de biens et services relevant plus d'une rationalité procédurale ; constructions mettant en jeu des organisations, des stratégies, ajustements, des coopérations entre acteurs.

     

    2.1 Secteur

    a Secteur au sens de Porter : prestations étroitement substituables 

    [...]

     

    b Secteur/branche au sens de l'Insee, groupe 

    [...]

     

    2.2 Filière

    a Interdépendances techniques et économiques

    Réseau = les entreprises forment des accords entre elles. Ça peut permettre des relations de coopérations et contractuelles au moyen/long terme ce qui peut être interprété comme un moyen de réduire les coûts de transaction : non pas en faisant, mais en passant des contrats avec d'autres.

     

    2.3 Arène stratégique

    a Filières substituables et complémentaires

    On a toujours une référence à un besoin comme pour le secteur ou la filière, mais la référence au besoin est beaucoup plus large. On peut intégrer des biens de nature bien plus différentes (information, transport, alimentaire,...). Chacun de ces biens correspondent à des filières, des techniques de production, des producteurs, des firmes de nature différentes.

    Les substituts vont conduire à des rivalités : si j'arrive à convaincre la clientèle de manger du poisson plutôt que de la viande, je vole de la clientèle. On a de la rivalité entre acteurs qui présentent des produits hétérogènes (rivalité entre producteur de pâte et un pêcheur par exemple, tous deux dans l'alimentaire). Quand on est passés de l'argentique au numérique sur les appareil photos, cela a rendu les usines de pellicules obsolètes.

    L'arène stratégique constitue plutôt un espace de rivalité, plus ou moins intense. Mais en même temps comme les autres espaces ça peut être aussi un espace où des coopérations peuvent apparaître : un ensemble de filiales substituables, mais aussi complémentaires.

    Qu'est-ce qu'un bien complémentaire ? « Bien qu'on consomme, à l'occasion de l'utilisation d'un autre bien ». Ex : Si l'on veut utiliser une voiture, il faut mettre de l'essence. Les intérêts des uns peuvent éventuellement converger avec les intérêts des autres, mais la complémentarité peut aussi exploser. Ex : les cassettes et les lecteurs de cassettes → les producteurs de cassettes se mettent à produire des DVD aussi, puis peu à peu exclusivement. Exemple de Danone : Initialement BSN, fabriquant de verre, essentiellement des pots. Ils ont connus des rivalités avec l'aluminium et le plastique. BSN choisi de ne pas aller vers des filières de substitut mais des filières complémentaires : ils rachètent des firmes de l’agroalimentaire. A un moment donné BSN reprend le nom d'une des entreprises qu'il avait acheté, Danone, pour afficher l'image du groupe autrement.

    Apple et Samsung : coopération ET rivalité (Apple achète des produits à Samsung).

    ~

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