• II. Dynamiques de transition vers une société marchande

     II. Dynamiques de transition vers une société marchande

    • L'intérêt et le marché

    L'intérêt ou le profit (Thomas d'Aquin)

    De son temps Platon condamnait l'intérêt et même le travail salarié car il juge qu'un homme libre ne doit pas être contraint à travailler, à vendre son énergie et son temps contre de l'argent. Les esclaves peuvent vendre leur temps et leur travail car ces hommes naissent incapables de diriger, car pour Platon il y a une inégalité naturelle. Mais ce qu'il détestait le plus était le prêt à intérêt : car cela consiste à faire de l'argent avec de l'argent. Pour lui l'argent est un moyen d'acquérir des biens, de faciliter des échanges, et non pas une finalité en soi. Il n'est pas normal que cet argent stérile qui ne produit rien puisse produire de l'argent (« L'argent ne fait pas de petits », Aristote). Mais on est bien aujourd'hui dans une société où l'argent permet de faire gagner de l'argent, alors que jusqu'au Moyen Âge on n'acceptait pas cela. L'Eglise enseigne au Moyen Âge que l'on ne peut revendre quelque chose plus cher sans aucune valeur ajoutée, ni de prêter de l'argent en contrepartie d'un intérêt qu'on peut obtenir. Mais l'Eglise a aussi besoin d'argent, aussi se permettait d'elle d'emprunter, à partir du moment où elle empruntait à des non-chrétiens.

    Thomas d'Aquin (mort au 13e siècle, canonisé en 1323), était un religieux philosophe. Il se pose deux questions :

    • Est-il permis de vendre une chose plus chère qu'on ne l'a achetée, ou plus chère que son juste prix ? → En réalité on ne peut vendre un objet plus cher qu'on ne l'a acheté que si on y a apporté une certaine valeur ajoutée. Par contre il est condamnable de vendre un bien plus cher qu'on ne l'a acheté simplement parce qu'on l'a stocké, peut-être en attendant que son prix augmente (spéculation).

    • Peut-on demander un intérêt si on prête de l'argent à quelqu'un ? → En principe il répond non, l'argent ne doit être qu'un moyen de faciliter l'échange, il ne permet pas de gagner de l'argent. Le problème, c'est qu'il condamne la possibilité pour l'église d'emprunter. Donc il admet que comme le prêteur est privé pour un temps d'un argent dont il pourrait avoir besoin, il peut recevoir une contrepartie pour cette privation.

    Valeur ajoutée explication

    Hypothèse 1 :

    → Entreprise 1 : Fabrique de fil. Dans cette entreprise j'ai besoin de coton, d'énergie et de travail :

    Coton : 10 Unités Monétaires - Energie : 5 UM - Travail : 5 UM - Bénéfice : 5 UM

    Total : 25 UM – Valeur ajoutée : 10 UM

    → Entreprise 2 : Fabrique de tissus

    Fil : 25 UM - Energie : 5 UM - Travail ; 5 UM - Bénéfice : 5 UM

    Total : 40 UM – Valeur ajoutée : 10 UM

    → Entreprise 3 : Fabrique de Robe

    Tissus : 40 UM - Energie : 5 UM - Travail : 5 UM - Bénéfice : 5 UM

    Total : 55 UM – Valeur ajoutée : 10 UM

    Valeur Production totale : 120 UM – Valeur ajoutée totale : 30 UM

     

    Hypothèse 2 :

    → Fusion. Entreprises 1, 2, 3 : Robes.

    Coton : 10 UM – Energie : 15 UM – Travail : 15 UM – Bénéfice : 15 UM

    Total : 55 UM – Valeur ajoutée : 30 UM - Valeur production totale : 55 UM

    (Valeur ajoutée = travail + bénéfice)

    Donc chaque entreprise va acheter des biens et des services à d'autres entreprises et ajouter quelque chose qui lui fera revendre plus cher à une autre entreprise. Le PIB (Produit intérieur brut) c'est la somme des valeurs ajoutées, on s'intéresse aux richesses qui sont créés sur le teritoire.


    La notion de marché

    > Pour définir ce qu'est un marché il faut d'abord définir ce qu'est une échange. 4 grands types d'échanges sont connus :

    • L'échange marchand : réalisé par le marché (réel : marché de Grenoble, ou non réel : Bourse), échange monétaire. Il y a 2 caractéristiques : le vendeur ne peut pas refuser de vendre un bien à un client ; et c'est un échange qui se fait de manière instantanée (je donne tout de suite contre le prix demandé).

    • L'échange troc : la valeur des biens dans cet échange est établi d'un commun accord. Quand j'échange un bien contre un autre je suis d'accord sur les quantités à échanger. La réciprocité est instantanée, comme pour l'échange marchand.

    • L'échange don : cet échange est plutôt étudiée par les ethnologues, qui disent que contrairement aux deux formes d'échanges ci-dessus il n'y a pas de réciprocité instantanée. Quand j'offre quelque chose je ne m'attend pas toujours à ce qu'il y ai réciprocité. Et parfois la réciprocité peut être symbolique : on se situe là dans les rituels (ex : dot).

    • L'échange non-marchand : c'est un échange pour lequel le produit qui est échangé est soit gratuit, soit où le prix est inférieur à 50% du prix de production. Cela concerne les produits et les services publics (ex 1 : l'éclairage public / ex 2 : le Quotient Familial qui permet de rendre certains services gratuits pour ceux qui ont un QF faible).

    > On parle d'économie de marché lorsqu'il s'agit d'un système économique libéral régit par les lois de marché (la France est une économie de marché, dans le monde il n'y a quasiment plus que des économies de marché).

    > On parle de société de marché lorsqu'il s'agit d'une société dans laquelle les liens marchands se sont étendus à l'ensemble des liens économiques et socials.

    > Le marché est une construction sociale. Jusqu'au 18e siècle les producteurs vendent ce qu'ils ont à vendre, à n'importe quel prix : ils se rendent sur le marché et vendent leur surplus. S'ils ne pouvaient pas se déplacer ils faisaient appel à un colporteur (celui qui se rendra au marché et vendra à la place du producteur). D'autre part les grands marchands de grande civilisation (Babyloniens) sont des fonctionnaires, il ne fallait pas qu'il gagnent plus que le sultan.

    Braudel montre qu'au Moyen Âge on peut distinguer 3 différents étages) :

    • L'étage domestique (où relations n'ont aucun caractère marchand)

    • L'étage marchande (marché concret, celui où se rendent les vendeurs et les consommateurs)

    • L'étage capitaliste (concerne les activités banquaires)

    L'essentiel de la vie économique est encastré dans la vie domestique : tous les échanges vont se faire au sein de cette sphère domestique. La sphère marchande elle-même s'encastre dans la sphère domestique. La spéculation est très mal vue. Il faudra attendre un certain nombre de changements pour à la fois prendre en compte les valeurs (la religion recule) pour qu'on puisse admettre qu'on peut prêter avec intérêt et que oui le marchand peut s'enrichir. 2e chose : les lois et les normes doivent changer : à l'époque l'Etat intervient et surveille (les producteurs, les marchands, et les boulangers, car eux 3 peuvent tirer profit d'un manque de grain sur le marché. Existe alors une police des grains). A partir de la fin du 18e siècle le producteur prend en compte le marché, veut produire plus pour mettre y une partie de sa production. Avant cela nous n'avions pas vraiment d'économie de marché.

     

    • Du mercantilisme espagnol à la physiocratie

    On a deux écoles de pensées réellement économiques au 16e siècle : le mercantilisme et la physiocratie.

    Le mercantilisme espagnol

    Au 16e siècle l'Espagne est une puissance économique importante, parce que la quantité d'or qu'elle va accumuler va être explosive entre 1500 et 1600 car elle va être multipliée par 7 et va se poursuivre au 17e siècle. Les hommes se demandent comment faire pour mesurer la richesse de l'Etat, et décide qu'au final c'est la quantité de métaux précieux que possède un Etat qui va garantir sa puissance. Les Espagnols ont donc intérêt à stocker une certaine masse d'or et d'argent et faire en sorte de les agrandir, ce qui marche sur l'image de l'Espagne. Mais elle se retrouve rapidement en crise : les économistes disent qu'il faut garder les métaux précieux, mais elle se retrouve en crise économique. Pour les économistes il faut des mesures protectionnistes, il faut éviter que l'or ne sorte du territoire : elle doit moins acheter. Opposition entre ceux qui disent qu'il faut thésauriser (accumuler des métaux précieux, priver les autres de la possibilité d'investir cette monnaie ; au contraire de ce qu'on fait aujourd'hui avec l'épargne) eeeeet les autres ? → on arrive plus à avoir suffisemment de biens qui circulent à l'intérieur de l'Espagne. Vont naître les premières analyses économistes : de trop grandes masses monétaires sans les faire circuler peut provoquer une inflation. L'Espagne surmonte sa crise en s'ouvrant un peu.

    Les physiocrates (François Quesnay)

    Eux sont essentiellement français. Pour eux ce n'est pas la quantité d'or qui compte mais la manière dont on gouverne la nature : l'agriculture permet la richesse d'une nation. François Quesnay, médecin et économiste réfléchit à comment enrichir l'Etat et le faire prospérer. Il imagine un modèle appelé « le tableau économique » ou « modèle en zig-zag ». Il n'y a que la Terre qui permet de nous donner plus de choses que ce qu'on lui a donné (on plante un semis et récolte plus) : un Etat a besoin d'une agriculture puissante. La France traverse des crises conjoncturelles (crise de courte durée : aujourd'hui période de 3 trimestres dans lequel le PIB va décroître) et structurelles (crise qui dure plus longtemps et ne provient pas forcément d'une baisse de l'activité économique). Elle traverse déjà une crise démographique (baisse de la mortalité, taux de fécondité importante) ; mais aussi une inflation importante qui va affecter les prix mais aussi les finances de l'Etat. Et enfin, une crise sociale qui s'explique par l'augmentation des prix et par des conflits de classe (entre d'une part les propriétaires terriens, les bourgeois capitalistes, et enfin la majorité paysanne : on a des conflits entre les classes et au sein des classes). Or les ¾ des productions proviennent de l'agriculture : Quesnay s'alarme et se demande ce qui se passera si on n'arrive pas à régler la crise, car les campagnes vont se vider pour chercher un travail en ville.

    Texte : « Les paysans chez Quesnay » ; Quesnay « Fermiers », in l'Encyclopédie, Tome VII, 1757.

    La richesse selon Quesnay = « La masse des valeurs qu'on peut consommer au gré de ses désirs sans altérer le principe qui les reproduit sans cesse. ». Il introduit la notion d'amortissement : il faut créer des richesses mais il ne faut pas que toutes ces richesses partent en consommation pour que simplement le système productif puisse se reproduire.

    Amortissement = notion comptable et théorique qui permet de calculer l'usure des machines.

    Ex : je suis un entrepreneur qui fabrique des caramels. Il me faut des fours de cuisson qui valent 1m€ . Je fabrique tous les ans 1 million de caramel et je vend mes caramels 1€ : je fabrique tous les ans 1m€ de richesse. Tous les ans je dois mettre de côté une partie de ces richesses (100 000€) en vue de pouvoir racheter au bout de 10 ans une nouvelle machine.

    ↔ Propriéraires fonciers classe stérile classe productive (à l'origine du produit net)

    (→ produit net / ← revenus-dépenses)

     


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